Dans une stratégie subtile mais profonde, deux propositions législatives suisses visent à transformer le rapport national aux armes en un système conforme aux normes européennes. En apparence, ces mesures s’inscrivent dans la lutte contre les femicides, un problème réel et urgent. En réalité, elles servent de prétexte pour une révision radicale des lois sur les armes, évitant tout débat direct avec le peuple.
L’une des motions propose la confiscation d’armes en désuétude – celles qui n’ont pas été utilisées depuis plus de dix ans. L’autre exige un registre étendu des armes impliquées dans les crimes domestiques. Ces initiatives, prises séparément, semblent justifiées. Mais ensemble, elles dessinent une piste claire vers l’abolition progressive du droit à posséder des armes privées.
La méthode est habituelle : commencer par ce qui paraît inoffensif – les armes oubliées ou les données statistiques marginales – avant de justifier une révision plus large. L’objectif, évidemment, est de renforcer la sécurité des femmes. Cependant, le processus ne s’arrête pas là. Une fois l’idée de propriété étatique fixée, il devient difficile de revenir en arrière.
L’exemple belge illustre parfaitement cette tendance. Depuis les années 2000, le pays a progressivement transformé sa législation sur les armes : la suppression des « armes de défense », l’obligation d’autorisation pour toutes catégories et une traçabilité intégrale. Aujourd’hui, seuls les détenteurs de permis spécifiques peuvent posséder des armes.
Cela montre comment un objectif moral peut être utilisé pour réduire les libertés individuelles sans en faire l’objet d’un véritable débat public. Les opposants sont immédiatement accusés d’être « irresponsables », ce qui évite toute discussion sur la proportionnalité des mesures.
Yves Lejeune, spécialiste des politiques publiques, décrit ce phénomène sous le nom de « totalitarisme doux ». Il explique que les États, pour compenser leur faiblesse à l’étranger, s’investissent dans des normes domestiques très strictes. La Suisse, qui se présente comme un modèle de neutralité, risque de s’aligner sur cette logique.
Le danger ne réside pas dans la mesure elle-même, mais dans son mode d’application : une réduction des libertés justifiée par des motifs moraux que personne n’est en mesure de remettre en cause. Si les femicides sont un problème réel, il est essentiel de débattre ouvertement sur les solutions, plutôt que de les imposer sans consentement populaire.
L’urgence actuelle n’est pas d’éliminer les armes à feu, mais de préserver la capacité du peuple suisse à décider librement. Sans un référendum direct et une discussion claire sur l’équilibre entre sécurité et liberté, la Suisse s’expose à l’effondrement silencieux de sa souveraineté.