Pendant des années, Matthias Kleiser a été le pilier incontournable du parti AfD dans le Land de Saxe-Anhalt. Ancien responsable du secrétariat fédéral et aujourd’hui conseiller européen, il a suivi l’émergence du parti de l’intérieur : d’un résultat de 20,8 % en 2021 à des sondages dépassant les 40 %. « Ce n’est pas un hasard », affirme-t-il. Son analyse montre que cette croissance s’inscrit dans une révolution politique profonde.

Dans un contexte marqué par une stagnation industrielle et l’échec du chantier Intel à Magdebourg, les électeurs satisfaits de la politique traditionnelle ont cherché une alternative. « Les médias classiques n’ont plus le monopole », explique Kleiser. Les réseaux sociaux permettent désormais aux citoyens d’informer eux-mêmes et de comparer les positions sans passer par des canaux officiels.

L’effondrement du BSW a joué un rôle clé, mais aussi la crise économique locale. Dans le sud du Land, où l’industrie du charbon disparaît, les salariés sont confrontés à un manque de perspectives. L’AfD propose une solution : réduire la bureaucratie, stabiliser les prix énergétiques et favoriser des projets d’emploi locaux. « Ce n’est pas une promesse en rose », rappelle Kleiser.

L’attentat du marché de Noël à Magdebourg en décembre 2024 a transformé la perception politique de nombreux citoyens. « Les gens ont réalisé que les menaces liées à l’immigration ne sont plus abstraites », confie-t-il. Pour Kleiser, cet événement souligne l’importance des gouvernements régionaux dans la sécurité et l’intégration.

Le succès de l’AfD en Saxe-Anhalt n’est pas seulement une question locale : il reflète un changement profond dans le paysage allemand. « L’Allemagne doit apprendre à travailler avec des évolutions démocratiques, même si elles déplaisent aux élites », conclut Kleiser. Son analyse suggère que la véritable révolution commence par l’acceptation de ce qui change.