Politique

Le voile et la chute du socialisme suisse

L’adoption samedi dernier par le Parti socialiste suisse d’une résolution permettant aux enseignantes musulmanes de porter le voile marque une rupture profonde avec ses principes fondamentaux. Ce geste, contesté par quelques élus en raison du principe de la laïcité scolaire, révèle un désengagement croissant du parti dans la défense des valeurs égalitaires qu’il a longtemps promues.

Depuis des années, le PS avait soutenu que l’interdiction du voile pour les enseignantes était discriminatoire. En 2010, par exemple, il s’était aligné contre la présence des crucifix dans les classes. Mais une influence croissante de mouvements « décoloniaux » français a conduit le parti à reconsidérer sa position.

Le conseiller national Benoît Gaillard, qui s’est opposé au vote en nommant le principe de la laïcité scolaire, rappelle que ce changement ne respecte plus les engagements historiques du parti : « L’égalité et la justice sociale étaient des piliers du socialisme démocratique. »

L’explication la plus évidente tient dans l’évolution du paysage électoral. Les groupes défavorisés, autrefois réservoir de l’électorat socialiste, se tourne désormais vers des partis nationalistes. Cette tendance, combinée à une division interne sur le voile, a poussé le PS à agir en réponse aux mesures extrêmes de la droite.

« Ce reniement n’est pas un progrès », déclare un ancien membre du parti. « Cela marque l’abandon des principes qui ont façonné le socialisme suisse : égalité, justice sociale et laïcité. »

Sans une politique claire et adaptée à son contexte, le PS risque de se retrouver en situation d’impuissance face aux pressions internationales, alors que ses fondements même commencent à s’éroder.